• La bulle d'Op+lait

L’antibiorésistance… un réel enjeu sur les fermes laitières du Québec?

Jonathan Massé, DMV, candidat M.Sc. I Regroupement Op+Lait


La résistance aux antibiotiques est un problème mondial de santé publique, car elle menace la capacité à traiter les infections bactériennes tant chez les espèces animales que chez les humains. Ce phénomène a été observé peu de temps après l’utilisation des premiers antibiotiques, mais il existait cependant bien avant leur découverte. C’est un mécanisme de défense apparu au cours de l’évolution. Ce qui est préoccupant, c’est que l’antibiorésistance semble en constante augmentation depuis de nombreuses années. Mais qu’en est-il de celle présente dans les fermes laitières du Québec ? Représente-t-elle un enjeu important ?


Je n’ai pu résister à l’antibiorésistance…

Mon projet de maîtrise, entamé l’automne dernier, a pour objectif de quantifier les bactéries résistantes chez les bovins laitiers québécois, en particulier pour des médicaments de très haute importance en médecine humaine. Suite à l’obtention de mon doctorat en médecine vétérinaire, Dre Marie Archambault, bactériologiste et experte en antibiorésistance, m’a proposé de participer à cette étude qu’elle a initiée avec des collègues (1) de l’Université de Montréal. Il n’en fallait pas plus pour m’enrôler ! Au terme de mes travaux de recherche, nous devrions avoir identifié la résistance envers les antibiotiques couramment utilisés en médecine bovine et humaine ainsi que l’identification de certains facteurs de risques associés comme la quantité d’antibiotiques utilisée sur la ferme.


Nos 100 volontaires !

En arrimant certaines étapes de mon projet avec celles prévues dans celui de Dr David Francoz sur l’utilisation des antibiotiques en élevage laitier (2), il me sera possible de visiter 100 fermes des régions de l’Estrie, du Centre-du-Québec ainsi que de la Montérégie. Des échantillons de fumier de vaches adultes, de veaux ainsi que de la fosse à fumier seront récoltés. Sur une base volontaire, des prises de sang et un prélèvement de lait seront faits pour connaître le statut sérologique du troupeau envers une bactérie (Salmonella Dublin). Cette bactérie pourrait être reliée à une résistance plus importante dans les troupeaux. Certaines régions du Québec ont connu une prévalence accrue de cet agent pathogène au cours des deux dernières années. Le secteur laitier est donc sur le qui-vive et consacre davantage d’efforts à la surveillance de cette maladie affectant surtout les veaux mais pouvant aussi être transmise aux vaches adultes.


On en aura le cœur net !

Les bactéries présentes dans les échantillons de fumier recueillis sur les fermes seront par la suite isolées au laboratoire. Nous réaliserons ensuite un test de résistance envers 15 antibiotiques pour déterminer un profil de résistance pour chaque troupeau. Nous sommes particulièrement intéressés par la résistance de ces microbes envers les fluoroquinolones et les céphalosporines, deux classes d’antibiotiques de haute importance en médecine humaine.  Les données seront par la suite décrites et analysées selon certains facteurs tels que l’âge de l’animal ou encore la présence de maladie. Les résultats découlant de nos recherches permettront d’exercer un meilleur contrôle du développement de l’antibiorésistance, une préoccupation du public à laquelle l’industrie laitière doit répondre.


Pour finir, ce projet permettra de cerner l’efficacité des antibiotiques utilisés dans les fermes québécoises en vue d’améliorer le traitement de certaines infections tout en limitant l’usage des antimicrobiens, préservant ainsi la haute qualité des produits laitiers. De plus, le risque de transmission d’une résistance aux antibiotiques entre les bovins et les humains pourra être identifié dans une perspective de santé globale.

Promis, je vous tiendrai au courant de nos résultats… ​​



(1) L’équipe de recherche est composée des Drs Marie Archambault, David Francoz, Simon Dufour et Jean-Philippe Roy (Université de Montréal).

(2) Lire la Capsule Op+Lait décembre 2016 :

Ce projet est soutenu financièrement par le Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries & de l'Alimentation du Québec (MAPAQ) par le biais du Programme Innov’Action – agroalimentaire.


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